The Authority, quand sauver le monde ne se limite pas à sauver New-York

La musique est connue de tout le monde, au point que cela soit devenu une blague sur internet : dans tout grand film d’action et en particulier de super-héros, quand un terrible péril menace le monde, c’est surtout les Etats-Unis qui sont visés, et plus souvent New-York. À croire que même les envahisseurs extra-terrestres ont consommé suffisamment de pop culture occidentale pour se persuader que le monde se résume au pays de l’Oncle Sam. Quand soudain débarque The Authority.

Commencé en 1999 et faisant suite à la série Stormwatch, The Authority raconte les aventures d’un groupe de super-héros internationaux fondé sur les vestiges de la précédente équipe (Stormwatch). Au cours d’une trentaine de numéros les auteurs Warren Ellis, puis Mark Millar et Tom Peyer vont dépeindre un monde en proie à des menaces plus terrifiantes les unes que les autres avec, comme meilleure ligne de défense, sept humains aux super pouvoirs fantastiques et avec une forte envie de préserver la paix à tout prix. D’une menace terroriste à une invasion extra-dimensionnelle en passant par le retour de « dieu » sur Terre, les ennemis terribles se succèdent et Authority veille au grain. Pour beaucoup de lecteurs et de critiques The Authority est sans hésiter la série qui a modernisé les super-héros, préfigurant de ce que serait le nouveau ton donné aux personnages classiques tels que les Avengers avec Ultimates. Je vais à mon tour essayer de vous présenter ce récit iconique, sans spoiler autant que faire ce peu, en vous exposant toutes ses particularités, ses bonnes idées et ses travers. C’est parti !

L’art de faire du neuf avec du vieux

The Authority est donc une équipe de super-héros ayant comme différence fondamentale avec toutes les équipes « classiques » telles que les Avengers ou la Justice League la particularité d’être apolitique et apatride. Chaque membre ou presque vient d’un pays différent et même s’ils ne renient absolument pas leur nationalité, ils se considèrent au service du l’humanité sans aucune limite de juridiction ou politique. Ils se présentent comme au -dessus des lois des puissants, protégeant les peuples contre toutes les menaces, extérieur ou intérieur. Mais prenons quelques instants pour présenter ces fougueux héros. Le leader est Jenny Sparks, une femme immortelle manipulant l’électricité et incarnant littéralement l’esprit du 20ème siècle. Jack Hawksmoor, un humain modifié par des extra-terrestres pour être capable de communiquer avec les villes elle-même et pouvoir si déplacer avec l’aisance d’un Spider-Man sans les lances toiles et les collants. Swift une jeune femme ailée pouvant ressentir les fluctuations dans l’air causées par les mouvements des corps. Midnigther, une sorte de Batman sans les gadgets mais avec un goût prononcé pour la bagarre. Apollo, le Superman de la bande, tirant sa force de l’énergie solaire et en couple avec Midnigther. L’ingénieur, Angie pour les intimes, une femme ayant du métal liquide en guise de sang et pouvant communiquer avec toute forme de machine. Le Docteur, sorte de mélange hippie du Docteur Strange et du Docteur Who, maîtrisant la magie et possédant le savoir de tous les précédents Docteurs que la Terre ait connus. Toute cette joyeuse bande vit à bord d’un vaisseau « vivant » appelé le Porteur, navigant à la frontière de la réalité et pouvant ouvrir des portails sur commande.

Ce qui marque d’entrée de jeu, c’est les choix forts de l’auteur de proposer une équipe de super-héros hétéroclite (dirigée par une femme, ayant comme membres un couple vivant publiquement leur homosexualité, etc.)  exprimant ouvertement leur volonté de faire le bien et ignorant les règles et les jeux de pouvoirs pratiqués par les dirigeants des pays les plus riches. The Authority n’hésite pas à agir plutôt que réagir et intervient sur tous les terrains considérant que leur champ d’action est la Terre, point. Cela prend sans aucun doute le contrecoup de ce que l’on a l’habitude de lire dans les Comics, où, même Batman, un des personnages les plus bad ass et charismatiques, est souvent critiqué pour son côté réactif et son incapacité à faire régner la paix dans une seule ville. The Authority met ainsi en lumière les faiblesses finalement évidentes des personnages les plus populaires. Un autre exemple de différence revendiquée par The Authority c’est l’absence d’intrigue basée sur la double vie des héros. Ici leurs identités sont bien connues du grand public et compte tenu de leur puissance, aucun vilain n’envisage un instant de s’en prendre à leurs proches.

Quand l’inspiration va, tout va

Vous l’aurez sans doute deviné, The Authority est un comics brut, mature, où les enjeux sont conséquents et les choix des héros lourds de conséquences. Cela a été rendu possible par la grande liberté dont ont bénéficié les artistes qui ont pu exprimer toutes leurs idées sans être freiner par une direction éditoriale frileuse. D’ailleurs cette impression est renforcée dans le deuxième cycle de The Authority quand Mark Millar reprend les commandes de la série secondé par Quitely au dessin (le même duo gagnant que sur Jupiter’s Legacy), où le ton devient encore plus satirique envers l’univers des comics et plus violent (je pense à la fusillade dans une maternité…). Ce sont donc tous ces éléments scénaristiques qui font dire à beaucoup de monde que The Authority marque un tournant radical dans le monde des Comics, faisant passer les super héros dans le 21ème siècle en leur apportant de la fraîcheur, du sérieux et de l’action décomplexée.

Mais toutes ces bonnes idées scénaristiques n’auraient jamais pu avoir le même effet si elles n’avaient pas eu de formidables dessinateurs pour leur donner vie. Bryan Hitch et Franck Quitely ont un amour des scènes grandioses, des plan iconiques, des mises en scènes cinématographiques. Et The Authority en est rempli. Les dessinateurs usent à maintes reprises de splash pages, des dessins pleine page éclaboussant le lecteur pour l’immerger dans les phases d’action, mais aussi de dessins en double page pour un côté wild screen hérité des blockbusters hollywoodiens. Le rendu est vertigineux, colle parfaitement à l’action et bouscule tellement notre façon de lire des comics que repasser à un format classique eut nécessiter un temps de réadaptation ! Bon, j’exagère peut-être un peu, mais je vous assure que c’est une réelle claque graphique qui apporte son lot de surprise à chaque chapitre. Au-delà de la mise en scène, le design des personnages est également très soigné, tant pour les héros que pour les méchants qui sont tous bien inspirés. Les décors sont globalement très beaux, et très riches, on passe de l’intérieur d’un vaisseau, à l’espace puis retour sur terre en plein cœur d’une ville où dans un désert. Le voyage qu’effectue le lecteur est mémorable et c’est d’autant plus surprenant qu’à part une ou deux excursions en orbite de la Terre, toute l’action se passe sur Terre. Comme quoi le simple fait de délocaliser l’action hors du sol américains suffit à apporter au lecteur de la nouveauté et du jamais vu.


Des plans dignes d’un  Star Wars ou d’un Independance Day

The Authority souffre de peu de défauts. On peu citer l’éternel tendance des scénaristes à utiliser les mêmes archétypes de héros (le bagarreur dark, le mr perfect naïf, le héros machine en quête d’humanité, etc.), où certains super vilains peu inspirés, comme le tout premier vilain, un dictateur d’un pays fictif d’Asie, cherchant à faire régner le chaos dans tout l’occident avec son rire de méchant en fond sonore. Malgré ces quelques erreurs de parcours, The Authority est selon moi un indispensable pour tous les fans de super-héros : c’est beau, bien écrit, les personnages sont attachants et le lecteur n’est jamais pris pour un imbécile qui se contenterai de scènes d’actions et d’héroïnes sur-sexualisés. Un bel exemple de Comics fait par et pour des fans de Comics.

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