Gotham Central, quand de simples héros font du super boulot

Tout le monde connaît Batman et par extension sa ville, Gotham City. Sorte de version grotesque de New-York, constellée de gratte-ciels et contrôlée par la pègre, où la police est en permanence dépassée au point de devoir se reposer officieusement sur les interventions de Batman pour s’occuper des super criminels. Le seul policier en qui Batman a confiance est le non moins célèbre Commissaire Gordon, et celui-ci a un plan pour se passer de la chauve-souris…

Gotham Central nous raconte le quotidien d’une division spéciale de la police de Gotham. Cette division, créée par Gordon suite à la fusillade dont il a été victime a en charge les grands crimes, ou plus simplement, des affaires liées au super-criminels. Gordon recrute et met en place deux équipe se relayant tous les jours et les choisis en fonction de leur capacité à garder la tête froide faces au pires criminels qui soient. L’idée est de redonnée les clés de la ville à la police plutôt qu’à Batman, aussi efficace soit-il. On suit donc le quotidien de ces inspecteurs et inspectrices enquête après enquête tout en apprenant un peu plus sur la vie des personnages. Parue en 2003 aux Etats-Unis, cette série disponible en quatre tomes chez nous préfigure ce que sera la série tv Gotham et le succès de celle-ci. L’approche de l‘équipe Ed Brubaker, Greg Rucka (auteurs) et Michael Lark (dessinateur) apporte un regard neuf sur cette ville que tout le monde connait depuis le point de vue de ses justiciers. On passe plus de temps sur les toits des immeubles ou sous terre (bat-cave, égouts, etc.) que dans les rues elles-mêmes. En nous proposant de suivre des inspecteurs de police, le comics nous invite à découvrir la ville à une échelle humaine, normale.

Un Comics Batman sans Batman (ou presque)

 

C’est en cela que le parallèle avec la série Gotham est évident. La série se veut, tout du moins, pendant les 2 premières saisons, être l’histoire de James Gordon jeune inspecteur fraîchement débarqué en ville. Dans Gotham Central ce n’est pas un mais près de vingt policiers que nous suivons (c’est peut-être le seul point faible du Comics, qui à force peut facilement perdre certains lecteurs qui auraient du mal à s’y retrouver) ! Ainsi, même si cette unité spéciale sera confrontée à de nombreuses reprises à des supers vilains, les apparitions et interventions de Batman se compte sur les doigts de la main. Gotham n’est plus la scène de l’affrontement entre justiciers et super vilains, mais entre la police et des super criminels. La différence majeure est que peu importe la dangerosité des criminels que compte Gotham, la police peu s’en sortir sans avoir à allumer le projecteur installé sur le toit.

Pour celles et ceux qui trouvent que les histoires de super héros se ressemble toujours toutes, je vous invite à vous plonger dans Gotham Central, au moins le temps de suivre les quelques premières enquêtes. La facilité de Brubaker et Rucka à vous immerger dans le quotidien routinier de ses personnages crée une réelle empathie chez le lecteur. Il est bien plus facile de se figurer un face à face avec le Joker ou Mister Freeze quand celui-ci implique un policier plutôt qu’un super-héros. L’histoire prend une dimension plus sombre, plus tangible, plus vraie. À chaque nouvelle enquête, on se surprend à s’inquiéter pour ces héros du quotidien, et à sourire à leurs blagues pendant les scènes de transition au commissariat. C’est la dimension humaine des personnages qui rend la série attachante. Ils ont beau être blessés, pointés du doigt par la presse, haïs par leurs collègues, ils ne sont presque jamais maussades, ou taciturnes comme peut l’être le justicier de la nuit. À vrai dire, si vous prenez le temps de lire les aventures de ces héros du quotidien, vous y trouverez probablement plus de plaisir qu’en accompagnant la chauve-souris sur les toits de Gotham.

Le genre Noir à l’honneur

 

Et justement, si vous êtes habitués aux ambiances qui sentent bon le café, la sueur et les coups de téléphones incessants, en bref si vous regardez des nombreuses séries tv policières américaines, vous retrouverez dans Gotham Central tout ce qui fait le sel des intrigues de vos séries préférées. Chaque enquête se déroule suivant le schéma suivant : meurtre, enquête, interrogatoires, résolution. Le tout entrecoupé de scènes plus intimes pour développer les personnages et leur rapport avec leurs collègues et parfois l’intervention de Batman. Il serait, en outre, particulièrement faux de penser que ce Comics manquerait d’action ou simplement de rythme. Le découpage des enquêtes en quatre chapitres assure une cadence soutenue, et il est fréquent que des enquêtes annexes viennent ponctuer le récit principal. Gotham Central c’est également un très bel hommage aux romans et films noirs, a cet univers si particulier ou les héros cherchent à faire le bien tout en sachant que le destin et la société ne cherchent qu’un moment de faiblesse pour les écraser.

C’est ici que l’on touche à la particularité des Comics, ou de la bande dessinée en général. Un des raccourcis les plus souvent emprunté quand on demande leur avis à des personnes peu familière avec les Comics c’est qu’il s’agit d’un média destiné aux enfants, ou plus généralement à un public immature. Sauf qu’en fait il suffit de s’y intéresser un peu pour se rendre compte qu’il existe dans l’univers des Comics (comme dans le Manga ou la BD) tout autant de styles différents que dans la littérature ou le cinéma. Gotham Central réalise en plus la prouesse d’être à la fois une histoire de super-héros (même s’ils sont peu présents, leurs ombres planent un peu partout), une série policière et un roman noir illustré. Difficile de faire plus riche et varié en seulement quatre tomes. Cette large palette de style est entre autres permise par le travail de Michael Lark au dessin et toute son équipe de coloristes. Exit les couleurs criardes portés par les vilains, et place aux nuances d’ocre et de rouilles, au bleu nuit et au vert kaki. Les lignes sont fluides et claires les expressions des visages sont mises en avant par des gros plans et des choix d’angles toujours bien pensés.

Gotham Central fait partie, à l’instar de ces personnages, d’un chapitre peu connu de la mythologie de Batman. Et pourtant cette série cache un supplément d’âme et d’humanité que bien peu d’histoire de super-héros possède. Le seul exemple qui me vienne à l’esprit immédiatement serait Marvels, où l’on suit tous les grands événements de l’univers Marvel à travers le regard d’un journaliste, témoin d’événements qui changeront à jamais le cours de la vie des honnêtes gens.

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