Jupiter’s Legacy, quand le super-héroïsme est une affaire de famille

Les super-héros sont là pour assurer le bien de la communauté. Mais quand les crises évoluent et que les gouvernements semblent impuissants, les héros doivent s’adapter, ou mourir.

 

La crise économique de 1929 met les Etats-Unis à genoux, mais un groupe d’amis entreprend un voyage vers une île mystérieuse au milieu de l’océan Atlantique. Ils en reviennent transformés et regagne leur pays investi de formidables pouvoirs qui font d’eux les premiers super-héros. Les années passent voyant l’apparition de nombreux autres super, mais également de super-vilains. Nous sommes en 2013, la première génération héroïque est encore active, quoi que vieillissante, mais la relève est là et les nouveaux héros sont prometteurs … pour la plupart. Imaginez que vous êtes les enfants, non pas d’un simple héros, mais du plus grand super-héros du monde, Utopian. Est-ce une chance, un fardeau ?

Mettre à mal le mal-être américain

Jupiter’s Legacy explore le sujet classique des responsabilités des super-héros au travers de deux prismes, la politique et la parentalité. Si vous avez les pouvoirs physiques et psychique de bouleverser un pays pour le sortir de la crise, devez-vous agir ? Doit-on imposer un système pour le bien commun ? Quand vos parents sont des modèles d’intégrité, de bravoure et de patriotisme, devez-vous suivre leur trace en refrénant votre individualité ?

Dans ce récit qui partage de nombreux point commun avec le  Comics Marvel Civil War (à commencer par son auteur), Mark Millar nous livre sa vision des Etats-Unis à travers un personnage portant haut les valeurs de l’Oncle Sam. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que son nom est Utopian est que sa femme s’appelle Lady Liberty. Ce porte étendard des valeurs américaines a, à l’instar d’un Superman ou d’un Captain America, une vision idéalisée de son pays et une fois inébranlable dans ses institutions. Bien sûr la réalité est plus nuancée et de nombreux super-héros, à commencer par son frère portent un jugement beaucoup plus dur sur la société et les maux qui la rongent. Il est difficile pour tous ces hommes et femmes d’action qui agissent pour le bien de constater qu’ils ne font que réparer des catastrophes qui auraient pu être empêchées par les dirigeants. On plonge ainsi rapidement dans une confrontation musclée créant une cassure définitive au sein même de la communauté super-héroïque. Les années ayant passées, ce n’est plus seulement une confrontation d’idées entre vétérans aguerris mais plus un règlement de compte entre deux frères. Et comme la famille, c’est compliqué, les enfants se retrouvent malgré eux en première ligne, forcé de choisir un camps ou l’autre. Ceux-ci étant pratiquement au même niveau de puissance, l’expérience en moins, que leur parents, on peut imaginer que leur décision pèsera définitivement dans la balance.

Les parents sont-ils toujours l’exemple à suivre ?

L’autre volet qui, selon moi, fait toute la différence et par conséquent tout l’intérêt de cette série, c’est le rapport à la famille et au poids de l’héritage. L’héritage du destin, au travers de ce groupe d’humains normaux qui se voient offrir des dons formidables par ce qui semblent être des extra-terrestres, mais aussi l’héritage familiale au travers des enfants des super-héros et super vilains, condamnés semble-t-il à marcher dans les pas de leurs parents. Millar nous montre régulièrement ses protagonistes luttant pour trouver leur place dans ce monde, ballottés entre leur modèle parental et leur propre aspiration.

À de nombreuses reprises on retrouve cette fameuse deuxième génération de super-héros, tantôt s’exhibant devant les paparazzi, tantôt essayant d’imiter leurs aînés en servant la communauté, et on comprend assez vite que ces grand en devenir ne partage pas vraiment la vision du monde qu’on leur a enseignée. Ce qui est intéressant dans la façon dont Millar aborde les sujets de l’éducation et de l’exemple parental, c’est qu’il n’omet jamais faire référence à l’amour sincère que les membres d’une famille ont les uns envers les autres, aussi marqués que soient leurs désaccords. Et cela est d’autant plus marquant quand on constate que c’est cet amour que l’on retrouvera dans la relation entre la deuxième et la troisième génération de héros.

Le dessin au service du grandiose

Sans développer plus le scénario de Jupiter’s Legacy afin d’éviter tout spoil malencontreux j’évoquerai à présent l’autre force de ce Comics, les dessins. Millar a fait appel à Frank Quitely (All Star Superman, Nou3) et quelle bonne idée ! Le style très lisse et propre de l’artiste accentue judicieusement cette atmosphère utopiste que décrit l’auteur. Le choix des couleurs est également très évocateur. Les vêtements sont souvent dans les tons pastel, limite fade mais cela permet de trancher radicalement avec les scènes de violence où, par exemple, le sang sera d’un rouge vif des plus dérangeant. Quitely arrive également à proposer des plans grandioses pour les scènes à grand spectacle, renforçant ainsi l’aspect miraculeux et terrible de l’action de tels êtres sur Terre.

Quitely alterne les séquences en plan très rapproché pour plonger le lecteur au cœur même de l’action, mais se permet aussi des plans larges, voire très larges pour renforcer l’impression de vertige et souligné la différence d’échelle qui se crée au contact entre les super-héros et les civils. Il n’y a donc plus besoin de faire usage des onomatopées écrites en police de caractères démesurés pour faire ressentir au lecteur la puissance d’un coup de point, ou le souffle d’une explosion. Ce n’est pas pour rien que cet artiste se retrouve à travailler avec les scénaristes les plus cotés de cette décennie, Mark Millar, ou Grant Morrison pour ne citer qu’eux.

Je terminerai cet article en ajoutant que je suis toujours impressionné par la capacité de Mark Millar à produire un récit complet, dynamique captivant et profond en si peu de numéros. En France, Jupiter’s Legacy est édité par Panini et le récit complet tiens en deux tomes seulement. Quand on sait que Injustice (excellente série au demeurant), chez Urban qui reprend peu ou prou le même scénario avec le camp Batman et le camp Superman en est à quinze tomes, on se demande parfois si les récits les plus courts ne seraient pas finalement les plus efficaces.

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